Des milliers d’ossements datant de 250 avant J.C. intriguent encore a Ribemont-sur-Ancre

Des centaines d’années d’Histoire cachées sous vos pieds. A Ribemont-sur-Ancre, à une trentaine de kilomètres d’Amiens, les archéologues ont découvert des traces de vie impressionnantes. Notamment des milliers d’ossements mystérieux, datant de 250 ans avant Jésus-Christ, et un temple dédié à Mercure, construit au IIe siècle. Leur histoire est retracée au Musée archéologique. 

Visiter le musée archéologique de Ribemont impressionne et déstabilise. Cette petite commune située à une trentaine de minutes d’Amiens cache une histoire riche et surprenante. C’est Roger Agache, photographe, qui a détecté en 1962 en avion, un très grand ensemble, qu’il imagine être une maison. Des campagnes de fouilles sont entreprises de 1966 à 2003. Il s’agit en réalité d’une métropole et son temple. « Une vraie agglomération construite autour d’un sanctuaire dédié au dieu Mercure », précise Gilles Prilaux, archéologue, qui nous accueille dans la première salle du musée, et probablement la plus intrigante.

Des milliers d’ossements retrouvés

En même temps que cette métropole, sont découverts des grands enclos d’ossements humains. « C’est quelque chose d’incroyable, il n’y a pas d’équivalent en Europe. » Cette découverte intrigue toujours aujourd’hui. « Les ossements représentent au moins 500 hommes, dont quelques ados. Tous étaient bien nourris et bien charpentés. Leurs crânes ont été prélevés post mortem, les os correspondent à des corps sans tête mais avec des armes. » Plus de 4 000, représentant une très grosse collection. Autour des ossements humains dont certains étaient très abîmés, ceux de chevaux. Une reconstitution de ces tas d’ossements a été réalisée dans la première salle.

Photo : Guillaume Clément.

« Ca a été une fouille exceptionnelle, raconte Gilles Prillaux. Il y avait un tas de matériel à analyser. Autour des années 250 avant Jésus Christ, on incinérait les morts. Alors, comment expliquer qu’on se soit « amusés » avec tous ces os ? » Une torque (ndlr : un collier) en or et dix pièces de monnaie appartenant à une tribu de Normandie ont aussi été retrouvées. L’archéologue avance donc l’hypothèse d’une guerre. « Des textes grecs indiquent que les chefs celtes présentaient les crânes des vaincus comme des trophées à leurs invités. » La bataille aurait donné lieu à l’édification d’un trophée militaire puis d’un sanctuaire, probablement utilisé jusqu’à la conquête romaine.

Un temple et une agglomération de 70 hectares au IIe siècle

Des siècles plus tard, « on venait à Ribemont chercher les grâces du dieu Mercure ». Un temple majestueux en haut d’une colline lui était dédié. Une agglomération de 70 hectares est construite autour, avec un théâtre, des bains publics, des habitats et commerces. « Un équivalent de Lourdes aujourd’hui. Cette petite ville a disparu et se trouve sous nos pieds. »

Gilles Prilaux nous emmène maintenant dans les coulisses. Le centre accueille des chercheurs et des étudiants, qui peuvent travailler à la bibliothèque. Sept chambres leur permettent de rester sur place.

Au sous-sol, des pièces entières sont dédiées aux trouvailles. Des milliers d’os sont notamment classés selon leur année de découverte, la commune, le numéro de la fouille. L’archéologue en sort un d’une pochette. « Celui-ci était classé avec les os de chevaux, puis un archézoologue l’a ressorti. Il a précisé qu’il s’agissait en réalité d’un fémur avec une fracture ouverte. Cet homme a dû avoir bien mal et a dû combattre avec une jambe d’une vingtaine de centimètres plus courte que l’autre. »

Des trouvailles venues de tout le Département

Dans d’autres salles sont stockés des morceaux de pierres, ayant notamment appartenu au temple, comme des morceaux de colonnes ou une stèle adressée au dieu Mercure, « pièce maîtresse qui a permis de savoir à qui était dédié le temple ». Le centre est devenu dans les années 2000  un centre de conservation et d’études pour recevoir les collections archéologiques de la Somme. Des pièces découvertes dans tout le Département y arrivent donc, « le matériel est reconditionné et protégé », avant d’être analysé par une archéologue aidée de stagiaires ou étudiants.

Plongés des siècles en arrière grâce à la réalité augmentée

Le 14 septembre, pour les Journées du patrimoine, le centre archéologique de Ribemont-sur-Ancre inaugurera l’espace archéologique augmenté. Des lunettes 360 degrés permettront « de voir ce qu’on ne peut pas voir, grâce aux nouvelles technologies ». Le visiteur sera donc plongé dans 600 années d’Histoire.

Léa
Photos : Guillaume Clément

Chaque mardi du 10 juillet au 28 août 2018 à 15 heures, visite du centre de conservation et d’étude. 15 et 16 septembre 2018, journées du européennes du patrimoine, entrée gratuite. 23 et 30 octobre 2018 à 14 heures, visite du centre de conservation et d’étude. Visites sur réservation au 03 60 01 53 50. Tarifs : 6 euros par adulte, 4,50 euros par enfants. Plus d’informations sur leur site internet ou par mail : cadra@somme.fr
Léa

Léa

Picarde depuis toujours, je suis très attachée à ma région. J’aime découvrir de nouveaux petits coins de Paradis, et retrouver ceux que je connais depuis mon enfance. Les balades en forêt, les villages typiquement picards, les champs de blé : la Picardie est belle, riche, et j’en suis fière. Après un master de journalisme, il est évident pour moi de partager avec vous nos merveilleux endroits et nos habitants talentueux, à l’écrit et en photos.

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